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Le chantier du dortoir de l’orphelinat de filles de Vudhavi Karangal est bloqué pour quelques temps encore car la crise du sable n’est toujours pas réglée…

Pour comprendre ce qui se passe, Michel Berthet, Président de notre partenaire privilégié « Les Enfants des Rues de Pondichéry » vous propose de lire l’article dédié à ce thème : Le sable … une denrée convoitée !!! Cette étude a été réalisée en novembre dernier par Françoise Simonot-Lion, de l’association « Les Orphelins de Pondichéry »*.

« Ces derniers mois le prix du sable atteint des niveaux prohibitifs sur le marché noir, jusqu’à 6 fois le prix du marché pratiqué en saison sèche. Sans sable, pas de béton (il faut 2/3 de sable pour 1/3 de ciment). Sans béton, pas de bâtiment !

Étrange comme ce qui nous semble commun devient un produit de spéculation ! Et cela mérite une petite analyse.

Le sable est actuellement la deuxième ressource naturelle consommée sur terre après l’eau. Il est utilisé surtout dans la construction de bâtiments, les revêtements de routes, les ouvrages de génie civil et, dans une moindre mesure pour fabriquer du verre, des panneaux solaires, des composants électroniques, etc. Actuellement, 44 milliards de tonnes de sable sont utilisés chaque année dans le monde, dont les 2/3 sont consommées en Inde et en Chine.

Du sable, il y en a beaucoup sur terre. Mais tous les sables ne sont pas utilisables ; le désert qui semble une réserve sans fin fournit un sable trop fin, car poli par le vent, pour être utilisé dans la fabrication du béton. Il reste, pour cet usage, uniquement ce que nous donnent les bords de mer, les lacs et les rivières.

Or l’extraction du sable a un effet déplorable sur l’environnement : assèchement puis diminution des berges, disparition des plages, inondations, pollution des rivières et des mers, diminution de la biodiversité, etc.

Il y a quelques dizaines d’années, l’extraction du sable était le fait des paysans et des pêcheurs qui creusaient à la main et vendaient des seaux de sable pour la construction. Rapidement, les besoins ont augmenté, notamment dans les grandes villes, et l’appât du gain ont transformé ce qui n’était qu’une activité artisanale en un secteur économique lucratif. Machines diverses, excavatrices, norias de camions ont alors fait partie du paysage des bords de mer et de rivières en Inde.

Dès 1957, la loi sur les mines et les minéraux (Mines and Minerals Act) amendée en 2012, obligent les candidats à l’exploitation de sable à obtenir une licence délivrée par les autorités de l’état et à payer des royalties sur le volume du sable extrait. Il faut ajouter que le sable est considéré, jusqu’à présent, comme une ressource minérale mineure et, à ce titre, son extraction est régulée par chaque état et non au niveau de l’Union. Chaque état a sa propre loi et si au Kérala des villages commencent à se mobiliser pour gérer cette ressource, il n’en est pas de même partout en Inde.

Les besoins accrus et les tentatives de régulations ont conduit au développement d’exploitations illégales et à la vente de sable au marché noir entre les mains de la mafia du sable (Sand Mafia) qui englobe les ouvriers, les transporteurs, les financiers, les exploitants, les recruteurs, les hommes de mains, et, dans certains cas, les policiers et les politiciens qui prennent leurs profits au passage et ferment les yeux sur ces activités.

Dès lors, le cours du sable est, en Inde pour une grande partie entre les mains de ces mafias et l’accès à un logement devient de plus en plus inabordable pour de nombreuses personnes.

En septembre 2015, face à cette situation, le Ministère de l’Environnement de l’Union a pris des mesures sérieuses pour freiner le problème en élaborant des lignes directrices sur la répression des pratiques illégales de l’exploitation du sable, mais le problème reste encore loin d’être résolu. Au Tamil Nadu, des exploitations ont été fermées et on assiste à une pénurie de sable. Mais, les extractions illégales le plus souvent nocturnes et les cohortes de camions font encore partie du paysage et les prix s’envolent.

À Pondichéry, tout le monde espère que le gouvernement du territoire agira rapidement pour assainir le secteur et que la tonne de sable pourra de nouveau retrouver un cours normal… »

 

*« Les Enfants de SitaRâm », « Les Enfants des Rues de Pondichéry », « Les Orphelins de Pondichéry »… ces associations œuvrent ensemble pour soutenir l’éducation des enfants défavorisés de Pondichéry.